Dans une initiative diplomatique remarquée, le Président ghanéen John Dramani Mahama multiplie les efforts pour reconstruire les ponts entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel (AES). Après une série de rencontres déterminantes avec les dirigeants maliens, nigériens et burkinabè, le chef d’État ghanéen s’est rendu ce jeudi à Abuja pour un entretien stratégique avec le Président nigérian Bola Ahmed Tinubu.
Cette visite au Nigeria, qui fait suite à une tournée de trois jours dans les capitales de l’AES achevée le 10 mars, s’inscrit dans une démarche plus large de médiation régionale. « Nos échanges ont porté sur le renforcement de notre communauté économique et la nécessité d’une action concertée contre le terrorisme », a confié Mahama à l’issue de sa rencontre avec Tinubu, tout en soulignant les liens privilégiés unissant Accra et Abuja.
Le Président ghanéen, qui avait reçu Tinubu comme invité d’honneur lors de sa récente investiture, joue désormais les facilitateurs dans un contexte géopolitique tendu. Son périple au Sahel lui a permis d’établir les bases d’une coopération pragmatique avec les pays de l’AES, matérialisée par plusieurs accords dans les domaines énergétique, infrastructurel et sécuritaire.
« L’objectif est d’établir des relations constructives entre nos différentes organisations régionales », explique un conseiller présidentiel ghanéen sous couvert d’anonymat. Cette approche vise à préserver les intérêts économiques communs tout en maintenant des canaux de dialogue ouverts, malgré le retrait officiel du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la CEDEAO en janvier dernier.
Par cette double démarche – à la fois vers l’AES et vers le Nigeria, poids lourd de la CEDEAO – Mahama positionne habilement le Ghana comme médiateur incontournable dans cette reconfiguration des alliances ouest-africaines. Son action témoigne d’une volonté de préserver la stabilité régionale tout en reconnaissant les nouvelles réalités géopolitiques nées de la création de l’AES.
Cette diplomatie active du Ghana intervient à un moment charnière pour l’Afrique de l’Ouest, alors que la région fait face à des défis sécuritaires et économiques sans précédent. La capacité de Mahama à maintenir le dialogue entre les différents blocs pourrait déterminer l’avenir des relations interrégionales dans les mois à venir.
Amen K.